Pour changer un peu, j'ai décidé de poster
une nouvelle que j'ai écrite, qui se passe dans l'univers que j'ai inventé et nommé Sidera. On y retrouve trois personnages principaux qui sont Lord Orion, Pearl Chevalier ou la Petite
Impératrice, et Halrim Ragnarson, un nain impétueux. J'espère que la lecture vous plaira et je reste ouverte à toute sorte de critiques! (je préfère prévenir: n'étant pas une grande fan de la
relecture correctrice, il risque d'y avoir une multitude de fautes en tout genre)
Et puisque qu'on est dans le rayon lecture,
je présente en prime un marque-page avec Orion!
(clic-clic sur l'image pour voir en plus grand!)
Perle rare
La charrette traînée pas des bœufs avançait lentement sur la route pavée. Le
fermier à la barbe poivre et sel mâchonnait son brin d'herbe tout comme ses vaches ruminaient. A l'arrière, trois passagers attendaient patiemment leur arrivée dans la prochaine ville. Un nain à
la barbe et aux cheveux tressés polissait sa hache sertie de rubis, sur le manche, et de runes, sur la lame déjà bien brillante. Au milieu des sacs remplis de grains de céréales, un homme aux
longs cheveux noirs ondulés, ramenés en catogan par un ruban, dormait, son chapeau haut de forme tombant sur son front et cachant par là-même occasion une partie de son visage. Sur le rebord
arrière du véhicule, une petite fille dont la tête était camouflée par une capuche regardait le paysage montagneux défiler.
Un trou se profilait sur la route, mais le fermier ne l'évita pas. La carriole
s'ébranla juste assez pour déséquilibrer la fillette, qui tenta de se rattraper en vain. Pourtant, elle ne tomba pas; une main ferme la retenait par sa veste. L'homme au haut de forme ne dormait
donc que d'un œil en réalité. Il la hissa dans la carriole et lui recommanda de se tenir tranquille. La petite fille acquiesça, puis essaya de s'installer confortablement, ce qui n'était pas
chose facile dans une charrette qui tressautait sur chaque pavé.
Le fermier qui avait entendu les rumeurs d'une conversation, tourna la tête dans
la direction de ses trois étranges passagers pour leur demander si tout allait bien.
- Bien sûr que tout va pour le mieux, maugréa le nain. Regarde donc ta route au
lieu de t'occuper des affaires des autres!
Irrité, le paysan reprit sa position initiale et mâchouilla son herbe plus
encore, en murmurant pour lui-même des insultes à l'égard du nain. Il avait quand même accepté de les emmener dans la ville la plus proche, alors qu'ils étaient exténués par leur marche; il ne
pouvait donc pas tolérer le fait qu'un simple nain lui fasse la morale! Seulement, il ne chercha pas à faire savoir son courroux; l'homme avec le haut de forme le mettait trop mal à l'aise. Il
avait des yeux d'une couleur effrayante, une couleur trop rare pour qu'il soit un être humain. Sachant cela, le fermier préféra se taire durant la suite du trajet. Et puis, les affaires des ces
étrangers n'étaient pas les siennes. "Chacun sa merde!" comme il disait souvent.
Alors que les montagnes grandissaient à vue d'œil, les premiers signes de
civilisation commencèrent à se montrer. La route était maintenant bordée de lampadaires et une chaussée pour les piétons fit son apparition. Alors se profilèrent les plus grands monts de la
chaîne des Marmor, avec leurs reflets nacrés révélés par les rayons du soleil couchant. A leur base, se dressait une ville très industrialisée, dont les édifices étaient construits à même le
flanc de la montagne. Ainsi, la ville paraissait flotter avec aisance sur les rochers. De grandes cheminées s'élevaient sur plusieurs mètres et crachaient de grands nuages de fumées noirs. Même
de loin, les passagers avaient la possibilité d'entendre le grondement de multiples machines travaillant d'arrache-pied.
La charrette traversa un porche et ils purent contempler pleinement l'intérieur
de cette cité. Le fermier fut obligé de tirer sur les harnais de ses bœufs, afin de stopper leur avancée. Les rues étaient toutes encombrées de voitures et transports en tout genre, ainsi que de
gens pressés. Hommes, femmes et enfants s'afféraient aux tâches de dernières minutes, avec hâte semblait-il, avant de rentrer chez eux en prenant bien soin de fermer à double tour. Mais qu'est-ce
qui les poussait à agir avec autant de précipitation?
Bientôt, il ne resta plus que quelques personnes qui cherchaient des yeux les
éventuels retardataires. L'un d'entre eux, un homme aux muscles saillants et couverts de suie avec une petite barbiche, les apostropha et vint vers la carriole. Les trois passagers sortirent le
nez dehors pour savoir ce qu'avait à raconter l'homme qui venait à leur rencontre.
- Ne tardez pas, prévint monsieur muscle, il faut se barricader à
présent.
- Que se passe-t-il ici? demanda l'homme au haut de forme qui était de plus en
plus perplexe face à une telle attitude.
- Vous venez d'arriver en ville, pas vrai? Bon, suivez-moi, je vais vous
conduire à l'auberge la plus proche.
Ne se faisant pas prier, les trois étrangers descendirent les uns après les
autres, l'homme aux yeux rouges aidant la petite fille à sauter les quelques centimètres qui la séparaient de la terre ferme.
- Mais, ma charrette! s'exclama tout à coup le fermier indécis. Et ma cargaison!
Je n'peux pas y laisser en plan au milieu de la rue, tout de même! 'Serait pure folie!
L'homme tout en muscle héla un jeune homme qui guettait les environs et lui
enjoignit de trouver un emplacement au garage pour la carriole du paysan. Ce dernier suivit le jeunot qui tirait déjà les brides des bœufs.
- Venez, il vaut mieux ne pas traîner par ici, fit l'homme à la barbiche en
agitant la main vers eux.
Partagés entre l'incompréhension et l'inquiétude, les trois arrivants le
suivirent jusqu'à un large bâtiment qui présentait un bel écriteau au-dessus de la porte d'entrée: "Au Gai Montagnard".
Les volets des fenêtres étaient tous fermés comme ceux des maisons d'à côté. L'homme ouvrit
la porte à la volée et les fit entrer avant de les suivre à l'intérieur. Dès qu'ils furent au-delà du pas de la porte, cinq personnes se jetèrent celle-ci afin de la barricader avec un matelas et
des planches. Lorsqu'ils posèrent leurs marteaux, ils poussèrent un profond soupir de soulagement et essuyèrent la sueur qui avait perlé sur leur front.
- Tu en as mis du temps, Bertrand! fit une forte voix aux accents féminins qui
se rapprochaient.
L'homme à la barbiche, qui essuyait la suie de son visage avec un torchon
emprunté à l'une des personnes présentes en ces lieux, se retourna vivement avec crainte. Une petite femme aux cheveux ébouriffés coiffés en chignon et aux rondeurs coquettes se dressait sur la
pointe des pieds pour arriver à la hauteur du menton de l'homme. Elle semblait au bord de la crise de nerfs et sa rage écumante se faisait sentir dans toute la pièce. Malgré la masse imposante de
muscles, l'homme à la barbiche faisait pâle figure face à elle. Il tendit les mains en signe de paix afin d'apaiser la femme, mais elle ne voulut rien entendre. Brandissant un doigt sous le nez
de l'intéressé, elle l'invectiva.
- Non mais, qu'est-ce qui t'as pris de rentrer aussi tard?! hurla-t-elle.
- Je patrouillais, ma mie, tenta d'expliquer Bertrand.
- Et tu crois que c'est une excuse valable?! Tous les autres sont déjà bien en
sécurité dans leur baraque! Mais non! Monsieur a voulu jouer les héros!
- Ma chérie... il y avait ces voyageurs qui restaient en plein milieux de la
chaussée parce qu'ils ne comprenaient pas ce qu'il se passait. Je n'allais pas faire comme si je ne les avais pas vu... et puis cela te fait des clients en plus pour l'auberge.
Tout en gardant un air menaçant, la femme posa son regard brûlant sur les trois
compères. Après seulement quelques secondes d'examen, ses yeux revinrent automatiquement sur son mari. Elle ferma les yeux et poussa un soupir las. Lorsqu'elle les rouvrit, ce fut pour toiser son
homme avec dédain, mais elle ne cacha pas qu'elle était rassurée de le voir sain et sauf. Elle arracha le torchon des mains de son mari, qui était maintenant presque entièrement couvert de suie.
Elle le brandit sous le nez de son vis à vis.
- Et ça! ce n'était pas une serviette mais un torchon propre qui devait me
servir à essuyer la vaisselle! Mais bien entendu, tu n'y connais rien lorsqu'il s'agit de tâches ménagères. Va donc te décrasser, tu pus comme un bouc!
Tandis que son mari s'en allait tout penaud, la femme balança le torchon
inutilisable sur son épaule et demanda à tout le monde de retrouver une activité normale, avant de s'adresser aux trois étrangers d'un ton plus aimable.
- Je vais vous installer à une table, je dois bien avoir encore quelque chose de
bon à vous mijoter.
Sur ces bonnes paroles, l'aubergiste tourna les talons. Les trois invités la
suivirent dans un couloir.
- Ca, c'est ce que j'appelle une femme! émit le nain avec enthousiasme.
L'homme au haut de forme pouffa à l'idée de voir une fois de plus le mari se
faire réprimander par cette femme singulière.
Ils s'introduisirent dans une grande salle où étaient disposées à intervalles
réguliers des tables en bois recouvertes de napperons, entourées de tabourets, de bancs et de quelques chaises à haut dossier. La majeure partie de ces tables étaient déjà occupées par une
quinzaine de personnes, probablement des habitants de la ville. Tous parlaient à voix basse, mais avec ferveur, d'un sujet apparemment problématique pour leur cité. Toutefois, les convives se
turent à l'arrivée des hôtes de l'aubergiste et les regardèrent avec méfiance.
- Et bien... la confiance règne, marmonna le nain bougon.
La femme leur proposa de s'attabler pendant qu'elle allait chercher de quoi
remplir leurs panses. Le nain et la petite fille se posèrent sur des tabourets, tandis que l'homme aux cheveux ondulés prenait place sur une chaise en chêne à haut dossier. Il posa son haut de
forme sur le bord de la table. Les autres occupants ne les quittaient pas des yeux et l'un d'entre eux murmura quelque chose d'inaudible à l'oreille d'un autre, qui hocha la tête en étrécissant
ses yeux.
- Je n'ai pas l'impression que nous soyons les bienvenus, dit tout haut le
nain.
- 'Faut dire qu'on ne reçoit pas souvent la visite d'étranger dans le coin, fit
un rouquin encore jeune.
- Surtout depuis ces événements qui surviennent chaque soir, précisa un
barbu.
- Ce n'est pas pour autant que vous avez le droit de me regarder de cette
manière! s'insurgea le nain.
- Si on te toise ainsi, c'est parce que tous tes petits copains qui étaient
censés bosser avec nous dans les mines nous ont lâchement abandonnés.
- Les nains forment un peuple très fier, ils ne reculent pas face à un
quelconque danger, exposa l'homme aux yeux rouges.
- Et bien moi, je vous dis qu'ils ont fui dès que les premiers décès sont
survenus.
- Des décès? hoqueta la petite fille.
- Ouais... ça fait déjà deux semaines que l'on retrouve chaque matin le cadavre
d'un habitant de cette ville.
- Déchiqueté, le cadavre! précisa le rouquin. Ils étaient méconnaissables, et
c'est seulement lorsqu'une famille se plaignait d'avoir perdu un mari, un rejeton... que l'on savait enfin à qui appartenait la malheureuse dépouille.
- Vous comprenez maintenant pourquoi on a l'air de paranoïaques, acheva le barbu
qui s'alluma une cigarette et en tira quelques lattes pour chercher à se détendre.
- En effet, cette affaire n'est pas banale, approuva l'homme aux yeux rouges qui
semblait réfléchir. Vous ne savez pas ce qui a pu provoquer ces pertes regrettables?
- Nous avions pensé à l'œuvre d'un démon, mais nous avons revu notre jugement.
Les démons, quand ils tuent, ils le font en masse. Or, nous n'avons affaire qu'à un cadavre par nuit et la façon dont les meurtres sont perpétrés...
- Vous aviez dit que les morts étaient déchiquetés, pourriez-vous être plus
précis?
- Je n'avais jamais rien vu de tel, c'est tout simplement ignoble! Les corps
étaient en parfait état, seul le haut du visage était saccagé. Et assez souvent, on avait l'impression que la chose qui avait fait cette ignominie cherchait quelque chose; l'os frontal était
ouvert, les yeux arrachés et la cervelle éparpillée.
Les trois comparses échangèrent des regards équivoques. Ce qu'il se tramait en
ces lieux était pour le moins singulier. Avaient-ils bien fait de venir ici finalement? A l'évidence non, mais cette ville était la seule à proposer un passage entre ce versant de la chaîne de
montagnes et celui de l'autre côté. Ils auraient pu monter à bord d'un aéronef, seulement ils devaient faire en sorte de ne pas se faire remarquer, cette idée avait donc été bannie sur le champ.
Restait la traversée à pied des Marmor qui, malgré le fait qu'elle soit peu empruntée, était quand même risquée. Néanmoins, avec un nain comme compagnon de route, ils ne devraient pas avoir trop
de mal à arriver à destination en un seul morceau.
La femme tenant l'auberge revint dans la salle et posa des marmites en
céramiques sur la table des trois étrangers, qui posèrent des yeux intéressés sur les plats. Tout en soulevant les couvercles, elle vilipenda les autres occupants de la pièce.
- Vous ne pouvez donc pas la fermer de temps en temps! J'espère que vous ne
voulez pas faire fuir ces voyageurs avec ces récits morbides, pour une fois que j'ai des clients autres que les ivrognes que vous êtes!
- Allons Marthe, ce n'est pas un ou deux cadavres qui vont effrayer un nain,
répliqua le barbu de façon ironique.
- Je t'en foutrai moi des frayeurs, marmonna le nain dans sa barbe afin de
maîtriser la colère qui bouillonnait en lui.
- Arrête avec tes insinuations stupides, pesta la prénommée Marthe. Au moins,
les nains savent ce qu'ils font! Ils ne restent pas planter là à attendre l'accalmie sans rien faire... pas comme certains.
- Et te voilà repartit sur tes grands chevaux, ma douce, fit Bertrand qui
sortait de la douche propre comme un sou neuf. Alors, comment vont nos invités? ça vous plaît ce qu'à mitonné ma femme?
- Ah ça pour sûr! c'est de la bonne nourriture! s'exclama le nain. Tout ce qu'il
faut pour que ça tienne au ventre pendant des heures!
- C'est excellent madame, félicita la fillette, merci.
- Pas la peine de me remercier voyons, dit la femme rougissante. Mais dis-moi,
tu n'enlèves pas ton capuchon pour manger?
- C'est-à-dire que...
- Je ne pense pas que ce soit un problème si tu l'ôtes, intervint l'homme aux
yeux rouges.
La petite fille s'exécuta et révéla un visage rond avec de grands yeux violets.
Deux petites perles nacrés ornaient chaque côté de ses sourcils et ses longs cheveux noirs frisés étaient attachés sous la forme de deux couettes symétriques. Comme personne n'intervenait, elle
se remit à manger avec plaisir.
Marthe remarqua alors que le plus grand de ces étranges visiteurs n'avait pas
touché à son assiette. Elle croisa les bras et plissa ses yeux, qui lancèrent des éclairs que bizarrement l'homme réussit à percevoir comme hostiles. Il savait qu'il allait se faire remarquer à
un moment ou à un autre.
- Ce que j'ai préparé ne convient pas à monsieur? susurra la femme
mécontente.
Mal à l'aise, l'intéressé déglutit avant de répondre.
- En fait... je ne me nourrie qu'avec des aliments sucrés.
L'assemblée ouvrit des yeux ronds avant d'éclater de rire. L'homme aux yeux
rouges garda la tête haute mais eut du mal à réprimer la rougeur qui lui montait aux joues.
Quelle honte...
- Alors ça, c'est la meilleure! fit Marthe au milieu de son fou-rire. On ne me
l'avait jamais faite auparavant!
L'homme aux longs cheveux noirs sa racla la gorge afin de se reprendre.
- Si vous n'y voyez pas d'inconvénients, je passerai directement au dessert,
dit-il d'un ton neutre.
- Très bien monsieur "je n'aime que le sucre", je vous apporte ça fissa, dit
Marthe avec un sourire amusé.
- Apportez-en une bonne ration! crut-il bon de préciser, alors que l'aubergiste
prenait déjà le chemin de sa cuisine.
- Et si vous, vous présentiez en attendant le reste du repas? suggéra Bertrand
en s'asseyant sur une chaise qu'il déplaça près d'eux.
- Nous ne sommes que d'humbles voyageurs. Je suis Lord Orion et voici Pearl
Chevalier, fit-il en présentant la petite fille.
Elle fit une révérence et l'homme aux yeux rouges attendit de voir la réaction
qu'avait provoquée ce nom. Mais rien ne vint. Apparemment, cette ville était trop reculée pour que ses habitants reconnaissent en cette fillette, la Petite Impératrice. Cela faisait un moment
déjà qu'ils étaient en cavale; il y avait eu des hauts et des bas, mais la majeure partie du temps ils s'en sortaient plutôt bien quelque soit la situation. Orion continua donc les présentations
et montra le nain de la main.
- Et le maître nain, Halrim Ragnarson.
Celui-ci inclina la tête en direction de l'assemblée, mais ne mit pas plus de
sympathie dans ce geste.
- Alors, qu'est-ce qui vous amènes vers nos contrées hostiles? demanda
Bertrand.
- Nous souhaiterions passer les montagnes, indiqua Orion.
- Par le tunnel?
- Tout juste.
- Pourquoi n'avez-vous pas tenté par la voie des airs?
- Nous n'avons pas les moyens, mentit l'homme aux yeux rouges. Cela vous
pose-t-il un problème?
- Il fut un temps, nous n'aurions pas refusé, soupira Bertrand, mais avec cette
hécatombe, les gars du chemin de fer ne veulent plus bosser. On pense que la chose qui perpétue ces meurtres se terre justement dans le tunnel.
- Comment pouvez-vous en être certain?
- On l'a entendu pousser des cris inhumains dans le coin. Je peux vous dire que
ça nous a foutu les jetons.
- Je vois. En quelque sorte, il faudrait que l'on vous débarrasse de cette
créature, si l'on veut avoir la possibilité d'emprunter ce tunnel un jour.
- C'est cela. Mais nous ne sommes pas de taille contre ce monstre. On a bien
pensé à faire appel à un Magister, seulement ils sont trop occupés en ce moment, à ce qu'il paraît.
Pearl nota que l'assemblée avait l'air accablée par ces paroles peu
réjouissantes. Elle croisa le regard d'Orion et esquissa une expression sur son visage, signifiant :"Aidons-les!" L'intéressé fit une moue dubitative, il ne savait pas si c'était une bonne chose
que de venir en aide aux habitants de cette ville. Ils s'étaient jurés de ne plus se faire remarquer. D'un autre côté, le seul moyen de passer derrière la montagne était désormais bloqué; tant
que cette créature inconnue séjournerait dans le tunnel, ils n'étaient pas près d'en voir le bout.
Revenant de la cuisine, Marthe apporta de nouvelles victuailles. Des tartes aux
pommes et des choux à la crème se déposèrent devant les yeux avides d'Orion, dont le ventre gargouillait joyeusement à l'idée de manger des denrées aussi appétissantes. Il tira les trois quart
des gâteaux vers lui, ne laissant qu'une maigre tarte aux pommes pour Halrim et Pearl. Mais ceux-ci ne firent pas les rancuniers, après tout, ils savaient parfaitement comment réagissait l'homme
quand on lui présentait du sucre. Lorsqu'il n'avait pas sa dose, il était même capable de faire des crises d'hypoglycémie.
Alors que la bonne humeur commençait à revenir autour de la tablée grâce aux
plats succulents de Marthe, un effroyable rugissement retentit quelque part dans la ville. Sur le coup, la moitié des personnes présentes se levèrent de leur siège, en reversant toute sorte de
mobilier au passage. Pearl en lâcha sa fourchette et Halrim saisit sa hache, prêt à frapper si la chose qui avait poussé ce hurlement se ramenait dans les parages. Seul Orion restait calme, il
écoutait attentivement le son émit par la créature: cela ressemblait plus à une complainte jouissive qu'à un animal en train de geindre. Il en était certain, la bête au dehors était satisfaite;
ce qui avait de quoi l'alarmer.
Puis, le cri cessa aussi vite qu'il était survenu. Un silence assourdissant
tomba sur l'assistance encore angoissée. Pearl se décida à ouvrir la bouche la première.
- Mais qu'est-ce que c'était? souffla-t-elle sous le choc.
- C'est cette chose, à n'en pas douter! s'exclama le jeune rouquin aux
aguets.
- Bizarre, elle n'a jamais hurlé lors des nuits précédentes, avança Bertrand. Il
a du se passer quelque chose...
- Tu crois que quelqu'un a été tué? demanda le barbu apeuré.
- C'est fort possible, à chaque passage de cette maudite bête on retrouve un
mort. Ce n'est pas demain la veille que ça changera.
- D'après moi, il est arrivé quelque chose en faveur de cette créature, fit part
Orion de ses soupçons.
- Comment pouvez-vous le savoir?
- Ce que l'on vient d'entendre était un cri de joie.
Les habitants le regardèrent étrangement, ne sachant que penser de cette
affirmation. Certains commençaient même à se demander s'il serait bon de sortir de la baraque demain matin. La peur était contagieuse; mais encore plus que d'être confronté à la bête, c'était de
se demander ce qu'ils allaient bien pouvoir découvrir en sortant dehors qui les effarait.
Courageuse, Marthe s'arma d'un balai qu'elle dénicha dans un placard et s'avança
dans le couloir menant à la porte de sortie. Son mari la retint, cependant elle dégagea son bras avec fermeté.
- Cette créature s'en est allé, on ne risque rien à aller jeter un coup d'œil,
expliqua la femme. J'ai envie de savoir ce qu'il s'est passé!
- Je ne suis vraiment pas sûr que ce soit une bonne idée, on ferait mieux de
rester au chaud jusqu'au levé du jour, suggéra le mari.
- Non, elle a raison! fit le barbu qui s'était levé et rejoignait le couple.
Autant que l'on sache immédiatement. Formons un petit groupe de reconnaissance.
- Très bien, approuva Bertrand avant de se tourner à nouveau vers sa femme, mais
toi, tu restes là!
Marthe grogna et retourna dans la salle, où les deux hommes revinrent quelques
secondes après pour définir le groupe d'investigation. Peu d'entre eux levèrent la main pour se porter volontaire, trop épouvantés qu'ils étaient. Seul le jeune rouquin semblait avoir assez de
cran pour rejoindre le groupe. Pearl jeta un regard appuyé à Orion qui comprit de suite où elle voulait en venir. Il soupira, puis finalement attrapa son haut de forme et se leva de sa chaise
pour aller auprès du rassemblement.
- Je viens avec vous, annonça Orion sans préavis.
- Moi de même, suivit Halrim qui faisait tournoyer sa hache pour montrer à quel
point il savait comment la manier. Il est temps de redorer le blason du peuple nain.
Les trois hommes rassemblés étaient bouches bée.
- Vous voulez vraiment venir? questionna Bertrand. Cela n'a rien d'une promenade
digestive.
- Ne vous inquiétez pas pour nous, dit le nain, je pense que vous serez contents
de nous avoir à vos côtés si on tombe sur cette bestiole!
- Je veux venir également! s'exclama Pearl qui s'était levée de son tabouret et
qui les avait rejoint. Je peux être utile...
- Pas question! trancha Orion.
- Mais pourquoi?!
- Nous ne savons pas à quoi nous avons affaire, aussi je ne veux pas mettre ta
vie en danger inutilement. Tu resteras ici avec les autres.
Pearl essaya de soutenir le regard dur de son ami mais déchanta et préféra lui
tourner le dos pour rejoindre la table à laquelle elle s'assit. Elle croisa les bras et se mit à ruminer des idées noires.
- Pourriez-vous veiller à ce qu'elle ne fasse aucun acte inconsidéré, madame?
demanda Orion en s'adressant à Marthe.
- Vous pouvez compter sur moi, affirma la femme échevelée.
Elle aussi était d'humeur particulièrement rogue, à cause du fait qu'elle était
obligée de rester dans son auberge à se ronger les sangs en attendant le retour de la petite troupe. A croire que les femmes étaient toujours reléguées au second plan...
Le groupe d'exploration se dirigea vers la porte d'entrée, ils ôtèrent le
matelas et les planches et ouvrirent le battant. Bertrand passa la tête dehors et regarda alentour.
- R.A.S, signala-t-il aux autres avant de sortir dans la rue.
Les membres du groupe émergèrent un à un. Désormais, ils étaient à découvert.
Bien qu'ils soient presque sûrs que la bête était partie, il y a avait une probabilité pour qu'elle soit revenue ou qu'elle les ait bernés.
Comme il semble que over-blog n'accepte pas les articles trop longs (ce qui je trouve est un
gros inconvénients qu'il n'y a pas forcément sur d'autres plate-formes), l'histoire se retrouve avec un A suivre...
Messages d'Autres Dimensions